Israël : “la vie des Arabes compte”04/02/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/02/Israel-_arabe-_manif.jpg.420x236_q85_box-0%2C9%2C771%2C443_crop_detail.jpg

Dans le monde

Israël

“la vie des Arabes compte”

Alors que se poursuivent les bombardements de l’armée israélienne sur Gaza et les exactions des colons en Cisjordanie, le gouvernement d’extrême droite Netanyahou-Ben Gvir doit affronter une nouvelle vague de contestation.

Illustration - “la vie des Arabes compte”

Le 31 janvier, des dizaines de milliers d’Arabes et de Juifs israéliens, hommes et femmes côte à côte, ont défilé à Tel-Aviv lors de la Marche des drapeaux noirs, symbole du deuil et de la révolte contre la criminalité qui ravage les localités arabes. Les manifestants dénonçaient un pouvoir communautariste, ségrégationniste, les quartiers abandonnés, les forces de l’ordre répressives envers la population mais indifférentes à la prolifération des bandes qui pourrissent la vie des quartiers les plus pauvres.

Dans la foule des manifestants, petits commerçants et ouvriers brandissaient de nombreuses pancartes en hébreu et en arabe : « Notre sang n’est pas bon marché ! », « Nous voulons vivre ! », « Assez de l’abandon et du crime ! », « La police et le gouvernement sont complices ! ». « Arab Lives Matter » (la vie des Arabes compte) était le slogan central en tête de cortège. Des familles de victimes y brandissaient les portraits de leurs proches.

Cette mobilisation prolonge la grève déclenchée mi-janvier dans la ville de Sakhnin, lorsque des commerçants ont refusé de payer le racket des gangs. « Ils tirent sur nos vitrines pour nous faire peur, mais on ne cédera pas ! » racontait Ali Zbedat, propriétaire d’un supermarché. En quelques jours, des travailleurs des cliniques, des écoles et des services municipaux ont rejoint le mouvement. Le 22 janvier, à l’appel du Haut Comité de suivi, regroupement des représentations des Arabes israéliens, la grève s’est étendue à des dizaines de localités arabes. À Sakhnin des milliers de manifestants ont bloqué les routes et marché vers les postes de police en criant : « Ben Gvir, ton silence tue ! »

Les Arabes palestiniens d’Israël, près d’un cinquième de la population, vivent dans des villes sous-financées où pauvreté et criminalité prospèrent. Les victimes sont presque toutes arabes ; les enquêtes sont rarement menées à terme. En 2025, plus de 250 meurtres ont été recensés dans ces communautés ; en ce début 2026, on compte déjà 27 homicides, en un mois seulement. « Quand c’est un jeune Juif, la police intervient tout de suite. Pour nos fils, personne ne vient », déplore une mère de Taybeh. À Tel-Aviv, des travailleurs juifs ont pris part à la marche. « Leur sang n’est pas bon marché, pas plus que le nôtre », expliquait une infirmière de Haïfa.

De Sakhnin à Tel-Aviv, des travailleurs arabes et juifs tentent aujourd’hui de se faire entendre. Ensemble ils refusent de se résigner à la misère, à la peur et à la division.

Partager