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Sénégal
les homosexuels boucs émissaires
En mars dernier, le gouvernement du Sénégal, dirigé par le Premier ministre Ousmane Sonko, a durci la loi réprimant l’homosexualité, faisant passer de cinq à dix ans la peine de prison pour relations homosexuelles.
Depuis cette décision, des dizaines d’arrestations ont eu lieu, alimentant une campagne mensongère amalgamant homosexualité, pédophilie et transmission du VIH. Des personnes homosexuelles sont contraintes de se cacher ou de s’exiler.
En avril 2024, le Premier ministre Sonko et le président Bassirou Diomaye ont été portés au pouvoir par une vague de révolte contre l’absence d’avenir pour la jeunesse, les difficultés de la vie et la corruption de leur prédécesseur, Macky Sall, un proche de la France. Leur parti, le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), s’est servi des légitimes sentiments anti- impérialistes de la population et a dénoncé la mainmise, bien réelle, des puissances occidentales sur les affaires du pays. Mais, aujourd’hui, les dirigeants du Pastef justifient le durcissement législatif contre l’homosexualité en prétendant qu’elle serait contraire aux valeurs africaines qu’ils affirment incarner.
Présenter l’homosexualité comme un produit d’importation de l’Occident est un mensonge. Avant la colonisation, l’homosexualité existait en Afrique, comme dans toutes les sociétés humaines. Par contre, la répression de l’homosexualité, elle, est bien un produit d’importation de l’impérialisme. Avant les indépendances, c’est l’administration coloniale qui l’avait interdite. Loin d’être africaine, cette répression a même existé dans la loi française… jusqu’en 1982.
L’actuel durcissement de la répression de l’homosexualité au Sénégal, et dans d’autres pays comme l’Ouganda ou le Ghana, vise à satisfaire les associations religieuses locales, islamistes ou chrétiennes intégristes. Mais il est aussi le fruit de campagnes menées depuis les États-Unis par des groupes chrétiens évangéliques. L’administration Trump pousse dans le même sens.
Aujourd’hui, la vie chère, le chômage et le manque de perspectives restent le quotidien des classes populaires au Sénégal. Quand des étudiants ont récemment manifesté contre le non versement des bourses et les locaux délabrés, la réponse du gouvernement a été les coups : le 9 février, un étudiant est mort lors d’une intervention policière dans un restaurant universitaire. Désigner les personnes homosexuelles pour détourner la colère populaire n’est pas nouveau. Comme les migrants en Europe ou aux États-Unis, elles servent de boucs émissaires. Quand ils font grève, les travailleurs ont à faire face au même État et à la même police, et ils doivent combattre au même titre les mesures autoritaires contre les homosexuels.